
Ils s’harmonisaient d’une façon unique. Tous les soirs, la famille se réunissait autour de la grande table et après le bénédicité, ils mangeaient un bon repas. Ils n’oubliaient jamais de remercier et de complimenter leur mère pour ses talents culinaires, puis discutaient aimablement du déroulement de la journée. Leur mère ne les grondait jamais car les enfants étaient sages, obéissants et respectueux. C’était une famille unie, paisible et chaleureuse. Après le souper, les aînés se partageaient le travail tandis que quelques-unes des jeunes filles aidaient les plus petits à faire leur toilette du soir et à se bichonner. Les autres desservaient la table et lavaient la vaisselle pour la ranger soigneusement. Les garçons alimentaient le feu dans le foyer, puis ils aidaient leurs soeurs pour les gros travaux. Ils aidaient tous leurs parents, les laissant ainsi se reposer. Lorsque l’heure se faisait tardive, les frères et les soeurs aînés, avec des instincts paternels et maternels, berçaient les petits pour les endormir en leur murmurant des berceuses et en leur racontant de jolies histoires. Les parents, dans une détente complète, admiraient avec fierté la belle entente de leurs enfants. Les jeunes embrassaient alors affectueusement leurs parents et leur souhaitaient bonne nuit. Ils déposaient délicatement les petits endormis dans le grand dortoir familial et finalement, allaient se coucher, chuchotant entre eux à la lueur de leurs lampes tamisées.
Un matin, leurs responsabilités accomplies, les enfants sortirent de la maison, enthousiasmés. Ils marchèrent joyeusement bras dessus bras dessous en contemplant la beauté hivernale du paysage tout blanc. Les garçons juchèrent les petits sur leurs épaules, puis ils partirent découvrir des trésors pour fabriquer des cadeaux. C’était la mi-décembre et Noël était proche. Toute la famille était très talentueuse. Doués pour les travaux manuels, chacun pouvait créer de multiples objets d’une fantaisie inimaginable ainsi que des jeux incroyables. Ils cherchèrent dans la forêt pour y dénicher les dons précieux que la nature leur offrait. Leur mère, durant leur absence, camoufla dans un endroit secret les pâtés dont ils raffolaient ainsi que des beignets, des tartelettes et de délicieux petits gâteaux. Ensuite, elle ouvrit les fenêtres pour faire évaporer les bonnes odeurs du fourneau. C’était la surprise qu’elle leur préparait pour le réveillon. Leur père effectuait des heures supplémentaires pour remplacer les vêtements trop rapiécés de ses enfants. À l’heure du dîner, il alla magasiner et dépensa ses économies en nécessité vestimentaire. Ensuite, il se faufila en vitesse dans la remise du jardin en vérifiant que personne ne le voyait. Il déposa joyeusement ses cadeaux dans un coin discret, puis en hâte, il se remit énergiquement au travail, content de lui. Le soir, les jeunes s’isolèrent pendant des heures dans différents recoins de la maison pour imaginer, confectionner et bricoler divers cadeaux. Ensuite, ils dissimulèrent leurs précieuses surprises dans leurs cachettes que toute la famille respectait fidèlement. Avant de s’endormir, dans leurs discussions, les enfants s’échangèrent de bonnes idées créatrices ainsi que des endroits pour se procurer gratuitement des matériaux selon leurs besoins. Finalement, ils s’endormirent, la tête remplie de projets pour la préparation de la belle fête de Noël.Le lendemain, leur mère cousit une autre belle surprise et envoya tous ses enfants jouer dehors. Les jeunes allèrent s’amuser pas très loin de la maison. Ils avaient creusé des trous dans la neige et munis d’un sac rempli de petits cailloux, à tour de rôle, ils les lancèrent dedans selon leur habileté. Tout à coup, leur voisine arriva. Hélas, la jeune fille étant enfant unique, était très gâtée et malheureusement, l’abondance l’avait fait devenir fort antipathique. Elle avait tous les défauts, y compris un insupportable égoïsme. Mais malgré cela, les généreux enfants l’invitèrent à leurs jeux. Ils prirent toutefois la précaution de la laisser gagner pour ne pas provoquer sa colère et subir ses lamentations infantiles. Ils savaient que la jeune fille racontait des méchancetés à tout le village à leur sujet car elle dédaignait leur pauvreté. Mais la famille restait impassible et lui témoignait malgré tout de l’amitié. Leur mère étant aussi humble que vertueuse, elle leur enseignait la connaissance du bien et encourageait une bonne conduite envers autrui. Leurs jeux terminés, les enfants se promenèrent tous ensemble en direction du village pour accueillir leur père sur le chemin du retour. À l'entrée du village, la voisine qui marchait à côté d’eux, prit des airsde déesse et s’éloigna en se déhanchant. Elle rejoignit ses copines et snoba cette famille si généreuse. Elle prit plaisir à les humilier, les traitant comme des créatures minables, car elle avait horreur de leurs modestes vêtements dont elle avait honte pour eux. Malgré les tristes propos qu’ils venaient d’entendre, les jeunes rayonnaient de gaieté. Quand ils aperçurent leur père souriant qui venait vers eux, les petits se jetèrent dans ses bras musclés et le bécotèrent comme des petits oiseaux. Les jeunes filles le couvrirent de tendresse pendant que les garçons lui soutenaient les bras pour alléger ses pauvres pieds fatigués. Alors qu’ils arrivaient ensemble près de la maison, ils respirèrent l’odeur appétissante du repas et vantèrent les mérites de leur mère. Le mari embrassa sa femme et lui dit qu’il était ravi de la revoir et combien il était choyé par ses nombreux enfants. Les jeunes se regardèrent avec des yeux pétillants de complicité car ce soir-là, ils allaient se rassembler pour fabriquer le fameux cadeau de leurs parents. Le couple n’avait pas trop de mal à deviner la raison de ces cachotteries car les enfants étaient très excités. Plus tard, les jeunes se réunirent dans le hangar. Pendant que les garçons fabriquaient deux superbes chaises berçantes, les filles cousaient à la main de jolis coussins et les plus petits les aidaient. Toute la famille collaborait. Très tard, ayant terminé leurs beaux cadeaux, ils les camouflèrent avant de rentrer sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller leurs parents qui dormaient déjà.
Le jour suivant, les jeunes rirent aux éclats quand ils s’aperçurent que le gros bonhomme de neige qu’ils avaient méticuleusement fait la veille avait une expression piteuse. Pour le consoler, ils entreprirent de l’embellir en lui traçant un sourire. Soudain, la voisine arriva et comme toujours, ses intentions étaient malveillantes. Elle utilisa son charme malicieux pour leur soutirer des confidences. Elle les questionna sur la façon dont ils se préparaient pour le réveillon et chacun leur tour, sans se méfier, ils lui révélèrent leurs secrets et lui dévoilèrent leurs cachettes.
Un jour, alors que la belle fête de Noël approchait, la malfaisante voisine se cacha près de la maison pour épier les allées et venues des parents. Pendant toute la journée, elle découvrit une à une les cachettes de leurs précieux cadeaux. Elle engagea ensuite quelques voyous pour voler, durant la nuit, les cadeaux de chacun. Elle prit plaisir à les détruire par vengeance, parce qu’elle souffrait de solitude et de jalousie face au bonheur et aux agréments que cette famille se partageait entre frères et soeurs. Le jour suivant, veille de Noël, toute la famille ne se doutant de rien, se réveilla de bonne humeur pour organiser la fête tant attendue. Ils déjeunèrent rapidement puis tous ensemble, s’employèrent à faire briller la maison, même la cheminée étincelait de propreté. Dans l’exaltation des préparatifs, la famille riait et se cajolait constamment et la joie se reflétait dans leurs yeux. Ils allèrent ensuite dans la forêt pour se choisir un beau sapin. Ils marchaient entre les arbres, admirant leur magnifique parure, lorsque soudain, un ravissant sapin secoua ses branches pour attirer leur attention et leur dit gentiment: «Prenez-moi et vous verrez!» Toute la famille resta figée d’étonnement puisque habituellement, un arbre ne parle pas. «Prenez-moi et vous verrez!» dit-il une seconde fois. Ils en étaient estomaqués. Leur père étant très poli, répondit alors instinctivement, sans trop y réfléchir: «Mais pourquoi pas après tout. Tu es mignon et bien fourni!» Tous se mirent à rire et comme ils s’apprêtaient à couper le sapin, celui-ci leur dit: «Déterrez mes racines et faites bien attention de ne pas les abîmer car après Noël, je reviendrai dans la forêt.» Ce fut un travail très difficile car le sol enneigé était durci par le gel. Ils réussirent enfin à le sortir intact et le transportèrent délicatement puis l’installèrent à côté du foyer. Ils recouvrirent ses fragiles racines avec des broussailles séchées et humectèrent son pied avec un peu d’eau. Finalement, ils le garnirent de rameaux et de beaux cônes. Les bambins lui parlaient constamment car ils avaient été très impressionnés par son langage et sa fière allure. Mais le mystérieux sapin ne répondait pas.
Le père et les garçons construisirent une merveilleuse crèche dans un coin du salon avec de grosses pierres qu’ils empilèrent les unes sur les autres pour former un rocher. Au centre, une jolie grotte fut aménagée. Les enfants y installèrent les bergers, les rois mages, la sainte famille et les animaux. Ils attendirent ensuite minuit pour y déposer avec piété l’enfant Jésus. La montagne fut décorée de branchettes, créant ainsi un magnifique paysage. Pendant ce temps, les filles aidèrent leur mère à farcir la dinde et à remuer de temps en temps, le ragoût qui mijotait. Son délicieux arôme d’épices embaumait toute la maison. Après, elles sortirent du four les bons petits pains rondelets. Les jeunes accrochèrent seize chaussettes sur le mur du salon, espérant que cette nuit, ils y trouveraient des mandarines et quelques sucreries. La mère plaça au centre de la table, un beau chandelier de bronze. Finalement, les préparatifs furent terminés et bien réussis et toute la famille resplendissait de fierté et de satisfaction. Tout souriants, ils allèrent chercher leurs cadeaux soigneusement enveloppés pour les déposer près du sapin. C’est alors qu’ils découvrirent que leurs précieux trésors avaient disparu. Les malheureux enfants furent consternés par ce désastre. Même leur mère chercha en vain ses pâtisseries ainsi que la grosse boîte dans laquelle elle avait placé les pyjamas et les robes de nuit, tous identiques, qu’elle avait cousus dans un beau tissu rouge et blanc. Le pauvre père était désemparé. Il s’était épuisé pour combler sa famille de vêtements, de souliers et de friandises. Ils restèrent tous un bon moment devant leurs cachettes vides et plongèrent dans un abîme de déception. Leur joie était complètement anéantie. Ils retournèrent au salon, les yeux pleins de larmes. Les jeunes laissèrent éclater leur colèr et se doutaient que leur méchante voisine était derrière tout cela. Les parents, malgré leur peine profonde, raisonnèrent leurs enfants, les calmant avec tendresse et leur suggérant de festoyer quand même et d’exprimer verbalement tous les beaux cadeaux qu’ils auraient voulu offrir. Le coeur gonflé de chagrin, toujours vêtus de leurs haillons, ils se réunirent tristement devant la crèche pour y déposer l’enfant Jésus, car minuit allait bientôt sonner. Le père fit tendrement une belle prière d’une voix tremblante et touchante d’émotion qui fit vibrer leurs coeurs. Ils s’embrassèrent tendrement, se souhaitant un joyeux Noël et réveillonnèrent devant le festin délicieux qu’ils n’avaient plus envie de déguster tant leur peine était grande. Puis ils allèrent se coucher, le coeur gros.
Pendant ce temps, le sapin, qui possédait des pouvoirs magiques, s’affairait à leur préparer une magnifique surprise. D’abord, il s’entoura de lumières multicolores faisant clignoter mille reflets. Ensuite, il orna sa parure majestueuse d’une multitude d’ornements scintillants et se garnit de boucles rouges éclatantes pour s’embellir d’avantage. Il remplaça toutes les chaussettes suspendues au mur du salon par des bas ravissants aux reflets métalliques et aux rayures flamboyantes. Il les remplit de chocolats et de bonbons assortis. Puis le sapin s’entoura de merveilleux cadeaux qui s’empilèrent tant ils étaient nombreux. Le sapin décida d’agrandir la maison. Il l’enjoliva et s’amusa à la décorer. Il mit des lustres de cristal partout ainsi que des miroirs décoratifs. Il remplaça le vieux mobilier par des meubles raffinés et fit briller les planchers comme du marbre. Pour couronner le tout, il fit apparaître une cheminée grandiose. Le sapin monta silencieusement l’escalier et regarda dans toutes les chambres pour satisfaire sa curiosité. Il remplit toutes les garde-robes de vêtements somptueux et déposa au pied de chaque lit d’élégants pyjamas et robes de nuit ainsi que des pantoufles chaudes et confortables. Soudain, un ronflement se fit entendre. Le sapin, effrayé, descendit l’escalier à toute vitesse pour ne pas se faire surprendre. Ouf ! Par chance, tout le monde dormait profondément et il put continuer ses activités. Constatant qu’il y avait beaucoup de petits enfants dans cette maison, il fabriqua une grande salle de jeux et la remplit de toutes sortes de jouets amusants, enveloppés de façon originale. Le sapin se rendit ensuite dans la salle à manger et reniflant les bonnes odeurs, il ajouta simplement des pâtés et de nombreuses pâtisseries. Au salon, il dispersa tous les cadeaux et y ajouta des paniers de fantaisie remplis de produits parfumés. Il regarda le plafond, et trouvant qu’il n’y avait pas assez de décorations, y suspendit des guirlandes qu’il illumina de petites lumières scintillantes. Puis il ferma la porte de la salle de jeux pour prolonger la surprise et plaça dans un coin de la pièce un énorme coffre métallique dont il ferma le couvercle à clé puis déposa celle-ci parmi les cadeaux. Enfin, il reprit sa place et de l’une de ses branches lança un baiser au petit Jésus. Pour la touche finale, il garnit sa parure de clochettes et de grelots et agita le tout. Ainsi, le sapin magique résonna d’une douce mélodie dans la nuit de Noël et réveilla toute la famille.
Ils descendirent tous l’escalier en courant, à moitié endormis, pour découvrir la merveilleuse surprise. Ils en restèrent ébahis. Les parents se frottèrent les yeux, croyant qu’il s’agissait d’un beau rêve. Les enfants avaient des frimousses émerveillées. L’heureuse famille tressaillait de joie. Ils visitèrent leur nouvelle demeure, tout impressionnés de son aspect grandiose et de son décor luxueux. Ils découvrirent, soigneusement pliés au pied de leur lit, tous les beaux vêtements qu’ils s’empressèrent de revêtir. Ils déballèrent leurs cadeaux, jubilant devant une telle abondance de surprises. Les enfants rayonnaient de bonheur et s’exclamaient de joie en petits cris. Après, ils décrochèrent leurs bas et furent époustouflés par tant de délices. Ils réveillonnèrent en honorant le petit Jésus et dégustèrent le magnifique festin, discutant vivement de tous ces prodiges. Tous chantèrent avec gaieté les beaux cantiques de Noël tandis que le sapin faisait résonner ses clochettes et ses grelots pour les accompagner. Au petit matin, alors que les enfants jouaient avec leurs présents et que les plus grands se divertissaient avec des jeux captivants, leur père trouva la clé qui ouvrait le fameux coffre qui les intriguait tous. Il rassembla alors toute la famille et dans un grand silence, tourna la clé dans la serrure tandis que le sapin agitait ses branche. Le coffre contenait une fortune fabuleuse en pièces d’or. A partir de ce jour, toute la famille rayonna d’un bonheur intense et ils vécurent dans l’abondance pour toujours.    
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